La
photo
m'est
tombée dessus au détour d'un mois de janvier à chômer. Le rédacteur en
chef assis en face de moi voulait des photos, je lui ai donc répondu
que je faisais de la photo... Achat d'un boitier, mise à contribution
de la maman dans son auto, du papa sur sa moto et premier reportage
automobile dans la foulée. Je n'aimais pas la photo. Jusqu'à...
Mars 2006, arrivée au Pérou et découverte d'une réalité sociale bien
différente de l'icône sud-américaine véhiculée en France. Depuis lors,
je vis de l'autre côté de l'Atlantique et prends des photos plus
souvent qu'à mon tour, essayant d'être régulièrement le témoin d'une
société en mutation.
Malgré tout, c'est dur de débuter la photo, dur de trouver les moyens
de son discours, de se convaincre que l'on a quelque chose à dire, de
ne pas se sentir tout petit face à eux, ceux des grandes écoles, bardés
de diplôme, de contact et de légitimité. Et puis on va en découvrant,
les bons photographes sont légions, ceux qui s'approprient leur travail
beaucoup moins.
C'est ensuite difficile de se convaincre de la valeur de ses photos,
que l'on peut se permettre d'imposer son travail aux autres en
l'exposant. Au fil des découvertes et conférences, je me suis rendu
compte que le medium photographique était bien souvent histoire de
citadins. Je me suis alors construit une légitimité personnelle autour
de mon regard, celle d'un fils de la campagne ayant connu la
destruction totale de la vie de village, celle d'un fils de l'école
publique terminant ses études au milieu des tentatives de
compétitivisation de l'éducation. Au contact du Pérou, j'ai pris
conscience d'une chose : la manière de penser une prise de vue peut
faire de la photo un espace de débats.
J'ai donc décidé de diffuser mon travail, de partager ma manière de
voir le quotidien. Pas celui horrible des périodes de crise, non celui
dramatiquement banal des jours normaux, celui qui conduit à ce qui fait
de nos sociétés ce qu'elles sont aujourd'hui. Mes discours sont
tristes, alors je tente de faire des photos qui font sourire, tout en
conscientisant.
Cela demande du travail : prendres des photos, souvent, lire, beaucoup.
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